La nouvelle réalité du port du masque

Portrait of young man with face mask back at work in office

Le 7 avril 2020, la santé publique du Canada a ajouté le port du masque maison aux mesures pour lutter contre la pandémie1. Quelques mois plus tard, le port du masque est devenu obligatoire dans certaines régions dans les espaces publics intérieurs et dans les transports en commun. Cette recommandation inclut également les patients ayant une maladie pulmonaire sous-jacente. Faisons le tour sur la question des masques et tentons de répondre aux questions les plus fréquentes reçues à leur sujet.

Le port du masque peut-il être dangereux pour la santé?

La réponse est NON.

L’idéologie qui circule que porter un masque réduit la quantité d’oxygène qu’on inspire est FAUSSE. Tout le monde peut s’entendre que porter un masque est désagréable et inconfortable et que c’est encore pire lorsqu’il fait chaud. Par contre, il ne mènera jamais à manquer d’oxygène.

Autre bonne nouvelle, cela est vrai également pour les gens souffrant de maladies pulmonaires sous-jacentes. En effet, aucune donnée n’indique que le port d’un masque facial entraîne une exacerbation (une ‘’poussée’’) d’une affection pulmonaire sous-jacente. La société canadienne de thoracologie appuie également cette recommandation2 et a émis un énoncé de position en ce sens en juin. 

Encore des doutes? Des médecins ont partagés leur expériences en mesurant justement leur saturation d’oxygène selon divers scénarios du port du masque: Donnez-moi de l’oxygène ! et Portant 6 masques (en anglais) 

Comment le masque protège-t-il du COVID-19?

La COVID-19 est une infection respiratoire. Elle est donc transmise par des gouttelettes de liquide infectées qui proviennent des voies respiratoires. Le principe du masque est de mettre une barrière pour empêcher les gouttelettes de se propager d’une personne à l’autre lorsqu’on parle, tousse ou éternue. On sait maintenant que les personnes infectées à la COVID‑19 n’ont pas toutes des symptômes. En d’autres mots, certaines personnes peuvent être infectées sans le savoir et en infecter d’autres. C’est pourquoi le port du masque pourrait permettre de diminuer le risque qu’une personne infectée ne transmette la COVID‑19 à d’autres lorsque les mesures de distanciations physiques et sociales ne sont pas possibles.

Quelles sont les preuves scientifiques de l’efficacité du port généralisé du masque?

Au-delà de l’implication logique du masque, il y a désormais des preuves de plus en plus convaincantes que les masques sont efficaces pour réduire la transmission du virus dans la communauté. C’est dans ce sens que la plupart des autorités de santé publique du monde recommandent désormais le port du masque, notamment l’Organisation mondiale de la santé, le CDC aux États-Unis, Santé Canada.

Deux études particulièrement intéressantes valent la peine d’être mentionnées et partagées avec vous :

Paru dans la revue JAMA en juillet, cette étude3 rapporte les résultats d’une politique de masquage universelle qui a été rapidement lancée dans le système hospitalier de Mass General Brigham, impliquant 12 hôpitaux et plus de 75 000 employés au Massachussetts. Cette intervention exigeait que tous les travailleurs de la santé portent un masque, mais aussi que chaque patient le porte également et ce, quel que soit son statut COVID-19. Les auteurs illustrent que lorsque tous les membres portent un masque, les taux d’infection diminuent.

Dans une revue de la littérature scientifique publiée en juin dans The Lancet4, des chercheurs ont trouvé toute une série d’études suggérant que le port du masque semble bel et bien prévenir la propagation de la COVID-19. Cette revue systématique de la littérature a évalué l’effet de l’éloignement physique, du port de divers types de masques faciaux et du port de lunettes de protection sur la transmission des coronavirus respiratoires responsables du COVID-19, du MERS et du SRAS dans les établissements publics et de santé. C’est justement cette étude qui a contribué à éclairer les documents d’orientation les plus récents de l’OMS. Elle démontre que les masques et la protection oculaire réduisent la transmission, bien qu’elle peut varier en fonction du type d’équipement utilisé (N95> masque chirurgical> masque monocouche en tissu).

Démasquons les différences

Il existe différents types de masques qui ne sont pas tous équivalents: N95, masque chirurgical et de procédure, masque en tissu (acheté ou fait maison).

Le masque N95 bloque les plus petites gouttelettes. Son efficacité pour les micro-gouttelettes est d’environ 95%, d’où son nom. Pour bien le porter, un test d’échantéité sur le visage est nécessaire afin de porter le modèle qui ne laissera aucune gouttelette s’échapper. Le masque N95 sert donc à se protéger et à protéger les autres, ce qui est différents des deux autres types de masque.

Les masques chirurgicaux et de procédure sont moins étanches, plus souples et plus amples. Ils sont efficaces pour filtrer de grosses gouttelettes. Ils sont moins étanches que le N95 et ne nécessite pas de test d’échantéité. Les petites particules vont donc s’échapper sur les côtés. Ils protègent surtout les autres.

Un masque maison est normalement fait d’un tissu absorbant comme du coton. Les masques faits maison ne sont pas des appareils médicaux et ne sont pas réglementés comme les N95 et les masques chirurgicaux. Le tissu ne bloque pas les plus petites gouttelettes qui viennent vers soi et les petites gouttes vont s’échapper sur les côtés. Par contre, les plus grosses gouttelettes qui sortent de la bouche et du nez seront retenues à l’intérieur. Donc le but n’est pas de se protéger, mais bien de protéger les autres.

Quel est le meilleur masque?

Les masques N95 et les masques chirurgicaux et de procédure existent en quantité limitée, donc on doit les réserver pour les travailleurs de la santé.

Le meilleur masque fait maison est celui que vous porterez correctement et que vous serez confortables. Il doit couvrir le nez et le menton sans glisser et vous devez éviter de toucher continuellement votre visage, car vos mains sont contaminées et vous pouvez par inadvertance vous exposer au virus. Il doit également être nettoyé adéquatement.

Conseils si inconforts en portant votre masque

Tout changement prend un certain temps d’adaptation. Si vous avez des inconforts lorsque vous portez un masque ou un couvre-visage, commencez par le mettre une courte période à la maison. Ainsi, vous vous habituerez à le porter et pourrez juger s’il est suffisamment confortable pour vos sorties. Vous pouvez également essayer différents types de masques artisanaux. Choisissez-en un avec lequel vous êtes confortable.

Et surtout, ne pas relâcher la distanciation physique et sociale et le bon lavage des mains.

Pour plus d'informations

Pour en savoir plus, renseignez-vous auprès des membres de la Société canadienne de thoracologie dans l’actualité:

29 juillet 2020 – Dr Jean Bourbeau: entrevue (07 h 48) avec Radio Canada Le port du masque est-il un risque pour la santé?
18 juillet 2020 – Dr Mohit Bhutani:  Toronto : des manifestants expriment leur refus de porter un masque

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À propos de l'auteur

Dr Josianne Hamel Bourbeau a complété ses études médicales ainsi que sa spécialisation en médecine familiale à l’Université de Montréal. Sa pratique est polyvalente et diversifiée, tout comme ses intérêts. Elle exerce actuellement au GMF Ahunstic et au Centre d’hébergement Notre-Dame-de-la-Merci dans le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, ainsi qu’à l’hôpital de Saint-Eustache du CISSS des Laurentides. Elle s’implique également au niveau de l’enseignement en milieu hospitalier des étudiants en médecine au niveau pré-clinique de l’Université de Montréal. Elle croit fermement au pouvoir du partage des connaissances médicales aux patients et entre professionnels afin de prodiguer des soins de santé de qualité durable pour tous.

Dr Josianne Hamel Bourbeau

Généraliste, MD, C.C.F.P., B.Sc.