Discuter avec vos patients des vaccins contre la COVID-19

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Les vaccins contre le COVID-19 illustrent l’efficacité et l’efficience de la science moderne et constituent le moyen le plus sûr de se sortir de cette pandémie qui affecte le monde entier depuis 18 mois.

Pourtant, certains Canadiens hésitent encore à s’en prévaloir et ils représentent une minorité importante de v os patients. Pour vaincre leur hésitation, il faut soutenir leur processus de décision afin qu’ils puissent faire le choix qui leur convient le mieux, et non leur dire ce qu’ils doivent faire. Pour ce faire, on peut utiliser des approches de communication motivationnelle.

ÉTUDE iCARE

Les données canadiennes de l’étude iCARE (International COVID-19 Awareness and Responses Evaluation), que nous coordonnons depuis mars dernier, indiquent qu’environ 50 à 60 % des personnes sont prêtes à recevoir un vaccin contre la COVID-19 dès qu’il leur est proposé. Un autre 10% des personnes ne sont pas nécessairement « anti-vaccination » mais ont très peu d’intentions de se faire vacciner. Leur point de vue est souvent le résultat de croyances négatives préexistantes, souvent entretenues depuis longtemps, qui ne sont pas nécessairement spécifiques aux vaccins contre la COVID-19.

Étude iCARE : n=15,021  (échantillon représentatif): avril, juin, novembre 2020; janvier et mars 2021

Qu'est-ce que l'hésitation à se faire vacciner ?

Le restant de la population – environ un tiers – est ce que l’on peut appeler « hésitant à se faire vacciner ». Ces personnes souhaitent se faire vacciner et bénéficier de toutes les protections et de tous les avantages qui en découlent, mais s’interrogent sur la nécessité de se faire vacciner ou sur l’innocuité des vaccins (ce qui peut s’expliquer en partie par des rapports médiatiques contradictoires sur la sécurité et les effets secondaires). Ces personnes ont tendance à être légèrement plus jeunes que celles qui ont une opinion positive des vaccins, à appartenir à des groupes sous-représentés, à avoir des revenus plus faibles et à vivre dans des banlieues. Il est intéressant de noter que les personnes de ce groupe sont également plus susceptibles d’être des prestataires de soins de santé.

La discussion que vous avez avec vos patients sur la COVID-19 dépend beaucoup de leur position dans le continuum d’acceptation des vaccins. Pour ceux qui sont réceptifs, la conversation est facile et directe. Une fois que vous leur avez demandé leur intention de se faire vacciner et qu’ils ont répondu positivement, tout ce que vous avez à faire est de renforcer leur intention. Vous pouvez ensuite leur administrer le vaccin, si vous en avez la capacité, ou leur demander de prendre un rendez-vous dès que possible.

Que faire si une personne ne veut pas recevoir un vaccin ?

Pour ceux qui refusent catégoriquement de se faire vacciner, il n’y a pas grand-chose à dire qui puisse les convaincre sur-le-champ de se faire vacciner.  Vous devez éviter d’entrer dans un débat ou une dispute avec eux. La discussion doit plutôt viser à comprendre leur point de vue sur les vaccins, et non à les convaincre de se faire vacciner. Vous pouvez également leur demander la permission de partager des informations sur la COVID-19, et s’ils vous donnent la permission de partager des informations, vous pouvez leur rappeler ce qui suit :

  • S’ils ne sont pas vaccinés, ils ont une probabilité plus élevée de contracter la COVID-19 et de le transmettre à d’autres personnes ;
  • La nécessité de connaître les symptômes de l’infection de COVID-19 ;
  • La nécessité de se faire tester et de s’auto-isoler ;
  • S’ils sont infectés, ils doivent connaître les risques de maladie sévère et les effets à long terme.

Ce qui est important de souligner lorsque vous partagez ces informations, c’est que vous ne les donnez PAS pour les convaincre de se faire vacciner, mais pour les préparer à ce qui est plus susceptible de se produire chez ceux qui ne sont pas vaccinés. Indépendamment de ce qu’ils disent, l’objectif est de rester à l’écoute de leurs opinions et de garder la porte ouverte à une discussion dans le futur.

Passer de l'hésitation à l'acceptation des vaccins

Il existe de bonnes stratégies de communication fondées sur des données probantes pour aider à accroître la volonté du segment de la population opposé à la vaccination à accepter davantage les vaccins contre la COVID-19. Ces compétences en communication sont souvent considérées à tort comme des « compétences générales » par ceux qui préfèrent se concentrer sur d’autres domaines d’expertise nécessaires à la réalisation d’examens cliniques. En réalité, ce que vous dites et la manière dont vous le dites peuvent fortement influencer le comportement des patients. Une mauvaise communication est non seulement inefficace, mais peut en fait accroître la résistance à la vaccination.

La communication motivationnelle renforce la motivation interne à modifier un comportement, par exemple en associant la vaccination à des objectifs et des valeurs altruistes ou en montrant qu’elle augmentera les chances d’atteindre les résultats souhaités, comme le retour au travail ou la possibilité de voyager. Elle se concentre sur l’exploration et la résolution de l’ambivalence en mettant l’accent sur la prise de décision partagée adaptée aux préférences et aux valeurs de la personne.

Lorsque vous parlez à des patients qui hésitent à se faire vacciner, évitez d’entamer la discussion en disant que le vaccin vous protégera certainement, vous et votre entourage, contre la COVID-19 et que vous devez absolument vous faire vacciner. Vous devez également éviter de souligner les points de vue erronés qu’ils peuvent avoir, car cela a tendance à susciter une attitude défensive et à renforcer la résistance.

Ce que vous devez faire, c’est engager une conversation sur le sujet plutôt que d’imposer votre programme et vos opinions. Cette approche n’est pas normative et vous permet d’adapter les informations que vous fournissez à un patient spécifique pour l’aider à considérer les vaccins de manière plus positive.

Il est probable que cette conversation abordera au moins l’un des trois problèmes clés qui font obstacle à la volonté des gens de se faire vacciner :

  • La complaisance et une perception biaisée du risque individuel d’être infecté
  • La confiance dans l’efficacité et la sécurité du vaccin
  • La commodité et la facilité d’obtenir le vaccin. Ce dernier point est souvent le plus rapide et le plus facile à traiter.

Discuter des vaccins avec les patients

Au cœur de tout changement de comportement se trouvent trois variables d’influence : les connaissances, la motivation et la confiance, qui doivent être prises en compte pour modifier la façon dont une personne prend des décisions concernant son comportement.

Le processus d’engagement d’un patient doit toujours commencer par une question ouverte pour découvrir ses préoccupations spécifiques concernant les vaccins contre la COVID-19. Montrer que vous êtes à l’écoute et que vous avez entendu leur point de vue est fondamental et doit se refléter dans votre réponse. L’étape suivante consiste à leur demander la permission de leur fournir des informations pour contrer toute opinion inexacte qu’ils pourraient avoir sur la sécurité ou l’efficacité des vaccins, par exemple. Les informations que vous fournissez doivent être factuelles et présentées de manière très neutre, sans donner votre point de vue personnel.

Si vous fournissez des informations à un patient, vous devez vérifier quelle est son interprétation ou sa compréhension de ces informations. L’étape finale doit consister à obtenir un engagement de la part du patient à faire quelque chose, qu’il s’agisse de s’engager à se faire vacciner ou à réfléchir davantage aux informations que vous lui avez fournies et à revenir lors d’une visite de suivi planifiée.

À toutes les étapes de ce processus, il est important de préciser que c’est le patient qui décidera en dernier ressort de se faire vacciner ou non. Ce n’est pas à vous de le convaincre de se faire vacciner et nous devons, à tout moment, respecter son autonomie et son droit de choisir. Votre seule responsabilité en tant que prestataire de soins est de veiller à ce que les patients disposent des informations nécessaires pour prendre une décision en toute connaissance de cause.

Ce que vous devez retenir

En fin de compte, vous devez toujours revenir au fait que les données indiquent que les vaccins contre la COVID-19 sont sécuritaires et efficaces pour la grande majorité des individus. En communiquant cette information de la bonne manière, on peut amener une grande partie de la population hésitante à prendre une décision éclairée.

À propos des auteurs

Kim Lavoie est professeure titulaire au département de psychologie de l’UQAM et professeure auxiliaire de médecine à l’Université de Montréal. Elle est titulaire d’une chaire de recherche du Canada de niveau 1 en médecine comportementale et est chercheuse au Centre de recherche du CIUSSS-NIM. Elle est codirectrice du Centre de médecine comportementale de Montréal et co-responsable de l’IBTN (International Behavioural Trials Network). La Dre Lavoie codirige l’étude iCARE qui vise à évaluer la sensibilisation du public, ses attitudes, ses préoccupations et ses réactions comportementales aux politiques de santé publique mises en œuvre pour réduire la transmission du COVID-19, ainsi que les impacts (p. ex. psychosociaux, sanitaires, économiques) de la pandémie chez les Canadiens et les gens du monde entier.

Dre Kim Lavoie

PhD, FCPA, FABMR

Simon Bacon est professeur titulaire au Département de santé, kinésiologie et physiologie appliquée de l’Université Concordia et professeur auxiliaire de médecine à l’Université de Montréal. Il est professeur et titulaire de la chaire SPOR des IRSC sur les essais cliniques comportementaux novateurs et axés sur le patient, au département de la santé, de la kinésiologie et de la physiologie appliquée. Il est également codirecteur du Centre de médecine comportementale de Montréal (CMM) – chercheur principal de l’étude iCARE, chercheur au CIUSSS-NIM, et codirecteur de l’IBTN (International Behavioural Trials Network).

Dr Simon Bacon

PhD, FTOS, FCCS, FABMR

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