Apnée du sommeil et COVID-19 : Conseils et ressources en période de pandémie

Man sleeping

L’apnée du sommeil est un trouble respiratoire entraînant de brèves interruptions de la respiration pendant le sommeil. Elle fait partie de la catégorie plus large des troubles respiratoires du sommeil (SDB).1

Ses causes peuvent être subdivisées en :

  1. Obstructive : La gorge se rétrécit ou se ferme, ce qui « obstrue » les voies respiratoires et provoque des interruptions respiratoires.
  2. Central : Le signal « central » du cerveau qui devrait dire au corps de respirer ne le fait pas, ce qui provoque les interruptions respiratoires. 

L’apnée obstructive du sommeil (AOS) entraîne des interruptions du sommeil et un sommeil de mauvaise qualité. Elle peut également avoir de graves conséquences sur la santé si elle est sévère et/ou si elle n’est pas traitée.

Les symptômes courants pendant la journée sont une somnolence excessive et des maux de tête le matin. Parmi les symptômes courants pendant le sommeil nocturne (qui est le plus souvent observé par un partenaire au lit) figurent le halètement, l’étouffement et le ronflement. Il est également courant de se lever pour uriner (nycturie) pendant la nuit.

Le AOS est de loin la forme la plus courante dans la population1 et est donc le sujet de ce blog.

Comment diagnostiquer l'apnée du sommeil ?

L’apnée du sommeil est diagnostiquée par un « test de sommeil » (ou test d’apnée du sommeil), qui peut être effectué à domicile ou dans un laboratoire officiel.2 Le choix du lieu dépend de divers facteurs, notamment des considérations d’accès (accès local/délais d’attente dans ces laboratoires) mais aussi de la « complexité » de votre cas. Par exemple, si vous souffrez également de maladies cardiaques, pulmonaires ou neurologiques chroniques, une étude formelle du sommeil en laboratoire serait probablement plus appropriée.2

Les centres de dépistage sont-ils fermés à cause de la pandémie de COVID-19 ?

La majorité de ces laboratoires du sommeil ont été initialement forcés de fermer pendant la pandémie COVID-19. Il s’agissait d’une mesure essentielle pour prévenir la propagation de l’infection.

La décision de fermer les laboratoires du sommeil et d’autres installations de ce type (y compris, par exemple, les laboratoires de test de la fonction pulmonaire et les programmes de réadaptation pulmonaire en personne) continue d’être une évaluation minutieuse et continue basée sur l’évolution des informations disponibles et des taux d’infection par COVID-19.3 Les risques et les avantages globaux doivent être pesés lors de la fermeture ou de l’ouverture de ces installations, et doivent tenir compte de ces facteurs :

  • Le bien-être des patients en leur donnant accès à ces services cliniques essentiels (ce qui favoriserait la réouverture)
  • Réduire au minimum l’exposition des patients et du personnel de santé aux infections (ce qui favoriserait leur fermeture)
  • Le bénéfice net pour la société dans son ensemble.

La Société canadienne de thoracologie a fourni des conseils importants sur ce fameux dilemme tout au long de la pandémie.1,4 Alors qu’en avril, tous les tests de sommeil en laboratoire et à domicile étaient fortement déconseillés, sauf en cas d’extrême urgence1, en juillet, une mise à jour a été publiée, décrivant les étapes et les conditions de reprise des tests de sommeil.4 Ces mesures comprennent :

  • Des pratiques appropriées de manipulation et de stérilisation des équipements (et/ou l’utilisation d’équipements jetables)
  • Mise à disposition d’équipements de protection individuelle (EPI) appropriés pour le personnel de santé participant aux tests
  • Dépistage de l’infection par COVID-19 (par questionnaire et/ou contrôles de température/tests COVID-19) avant de venir dans l’établissement.

Comme cela a toujours été le cas, des modifications continues des recommandations sont non seulement possibles mais très probables.

Quel est le traitement de l'apnée obstructive du sommeil ?

Comme le problème de l’apnée obstructive du sommeil ou SAOS est l’effondrement partiel (ou total) des voies aériennes supérieures pendant le sommeil, le traitement consiste à appliquer une pression positive constante à l’intérieur des voies aériennes pour les maintenir ouvertes.

C’est le concept de votre appareil CPAP (CPAP signifie en français « Pression positive continue des voies respiratoires »), un appareil d’apnée du sommeil qui « met en attelle » les voies respiratoires ouvertes pendant la nuit.

Les ajustements du mode de vie, y compris le régime alimentaire, l’exercice et l’optimisation du poids, sont également très importants.

Si je fais déjà de l'apnée du sommeil, comment cela me touche-t-il et affecte-t-il mes soins pendant la pandémie de COVID-19 ?

Il est important de comprendre comment la pandémie de COVID-19 peut vous affecter en tant que patient, si vous vivez actuellement avec l’apnée du sommeil. Explorons cette problématique ensemble.

Utilisation accrue des appareils CPAP à domicile

De nombreuses personnes vivant avec l’apnée du sommeil ont du mal à utiliser leur machine toute la nuit et tous les soirs. Un récent rapport français a montré que l’utilisation des appareils de PPC à domicile chez les patients souffrant d’apnée du sommeil a en fait augmenté pendant les mesures de confinement par rapport à ce qu’elle était auparavant.5

L'apnée du sommeil est-elle un facteur de risque d'infection grave par COVID-19 ?

De nombreux patients souffrant d’apnée du sommeil peuvent également souffrir d’hypertension, d’un poids élevé, de diabète et/ou d’autres troubles cardiaques ou pulmonaires. Ceci est important, car il a été démontré que certaines de ces mêmes conditions augmentent le risque d’infection plus grave par COVID-19. Par exemple, l’hypertension est un facteur de risque bien connu d’infection grave par COVID-196-8 qui est également connu pour être mieux contrôlé lorsque l’apnée du sommeil elle-même est correctement traitée.9 

Un rapport très récent a examiné le risque d’apnée du sommeil en fonction de la gravité de la COVID-19 : bien qu’une tendance ait montré que l’apnée du sommeil pourrait être un facteur de risque de complications liées à la COVID-19, cette conclusion était beaucoup plus faible si l’on tient compte des effets de l’hypertension, du diabète et du surpoids sur les complications liées à la COVID-19 qui ont été observés chez ces mêmes participants à l’étude.10

En ce sens, il peut être important pour tous les états chroniques (y compris l’apnée du sommeil) de gérer sa situation de manière à ce que l’état de santé général soit le plus favorable.

Réduction des interactions en personne dans le système de santé

Le système de santé dans son ensemble tente de limiter le nombre d’interactions en personne afin de limiter la propagation de l’infection, y compris les cliniques du sommeil.1,4

Heureusement, de nos jours, de nombreux appareils CPAP peuvent collecter des informations cliniques qui peuvent être envoyées à distance à votre prestataire de soins. Ces informations, associées à des visites « virtuelles » par téléphone ou par vidéo, peuvent contribuer à réduire au minimum les interruptions de vos soins.

L'utilisation de mon appareil de ventilation en pression positive continue (CPAP) affecte-t-elle la propagation de COVID-19 ?

En règle générale, l’utilisation d’appareils à pression positive comme les appareils CPAP est considérée comme génératrice d’aérosols. Par conséquent, vous pouvez raisonnablement vous demander si l’utilisation de votre appareil CPAP ne risque pas de favoriser la propagation de l’infection par COVID-19.

Dois-je poursuivre mon traitement CPAP pendant la pandémie ?

Si vous ne présentez aucun symptôme d’infection COVID-19, la Société canadienne de thoracologie recommande de continuer à utiliser votre appareil CPAP comme d’habitude.1 Bien entendu, il reste très important de :

  1. Nettoyez votre équipement (tuyau et masque)
  2. Ne partagez aucun de vos équipements personnels avec d’autres personnes.

Que dois-je faire si je vis avec l'apnée du sommeil et que je développe des symptômes de COVID-19 ?

Si vous présentez des symptômes d’infection par COVID-19 et que vous vivez déjà avec l’apnée du sommeil, vous devriez discuter avec votre équipe soignante de la poursuite ou non de l’utilisation de votre appareil. Dans ce cas, le choix est fait en tenant compte des risques et des avantages de l’arrêt ou non du traitement pour vous et votre entourage.

Par exemple, si vous vivez avec d’autres personnes et développez des symptômes de COVID-19, et qu’il est décidé qu’il est toujours préférable pour vous de continuer à utiliser votre appareil CPAP, il serait prudent que vous dormiez seul dans une chambre séparée.

Parmi les recommandations supplémentaires des directives de la Société canadienne de thoracologie qui pourraient valoir la peine d’être discutées avec votre équipe de traitement, on peut citer1 :

  1. L’augmentation de la fréquence de nettoyage de votre équipement (tous les deux jours)
  2. L’absence éventuelle d’humidification
  3. L’utilisation éventuelle d’un masque complet

Ce que vous devez retenir

Si vous vivez actuellement avec une apnée obstructive du sommeil :

  • Continuez à utiliser votre appareil CPAP si vous ne présentez pas de symptômes de COVID-19
  • Continuez à améliorer votre alimentation, votre exercice physique et votre contrôle du poids 
  • Continuez à améliorer les autres conditions de santé avec lesquelles vous vivez
  • Si vous présentez des symptômes de COVID-19, demandez à votre équipe de traitement quel est le meilleur plan pour aller de l’avant. La solution à ce problème devrait maximiser votre contrôle de l’apnée du sommeil tout en minimisant la propagation possible de l’infection. 
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À propos de l'auteur

Bryan Ross a fait ses études de médecine et sa résidence en médecine interne à l’université de Toronto, et a obtenu une bourse de recherche en pneumologie à l’université d’Alberta. Auparavant, il avait obtenu son diplôme de premier cycle à l’université Queen’s et sa maîtrise en physiologie à l’université McGill. Il s’intéresse depuis longtemps à la physiologie respiratoire et cardiaque et à la science appliquée de l’exercice physique, à la réadaptation pulmonaire et à la gestion des maladies respiratoires chroniques, tant sur le plan clinique que sur celui de la recherche. Il termine actuellement un fellowship en réadaptation pulmonaire et en gestion des maladies chroniques à l’Institut thoracique de Montréal (Centre universitaire de santé McGill).

Dr Bryan Ross

Pneumologue, MD, M.Sc., B.Sc.H., FRCPC

Références: