L’utilisation des nébuliseurs pendant la pandémie de COVID-19

des lits d'hôpitaux vides

Nous nous trouvons maintenant depuis plusieurs mois dans cette pandémie nommée COVID-19, ayant été déclarée le 11 mars dernier. Depuis cette date, la communauté internationale de la recherche continue à consacrer des efforts sans précédent et des ressources historiques pour mieux comprendre ce nouveau virus. L’un des principaux objectifs est de mieux comprendre le risque de transmission du virus du SRAS-CoV-2 des personnes infectées aux personnes non infectées.

Comment la COVID-19 se propage dans une population ?

Le virus du SRAS-CoV-2 provoquant la COVID-19 peut être propagé par des gouttelettes ou des particules d’aérosol en suspension dans l’air. Mais, est-ce que notre compréhension de la transmission du virus est exacte ? L’histoire est riche d’exemples où notre compréhension initiale de la transmission des maladies infectieuses s’est avérée inexacte.

Par exemple, la malaria est une maladie infectieuse largement transmissible par les insectes. Elle a été identifiée à tort comme étant causé par l’air insalubre et malodorant qui entourait les eaux stagnantes, les marais et les marécages, au lieu des véritables moustiques qui vivent et se multiplient dans ces milieux. Le mot Malaria vient en fait des mots italiens médiévaux « Mala » et « aria » et signifie « Mauvais air ».1 Encore aujourd’hui, cette fausse appellation demeure.

Contrairement à la malaria, le virus du SRAS-CoV-2 provoquant la COVID-19 peut en effet être propagé par des gouttelettes ou des particules d’aérosol en suspension dans l’air.

Quelle est la différence entre les aérosols et les gouttelettes ?

Lorsqu’une personne tousse, parle ou respire, elle peut projeter des particules de mucus et des gouttelettes de salive qui s’envolent à partir de sa bouche. La taille de ces gouttelettes peut être très variée. Celles qui se trouvent être ≤10 micromètres de diamètre sont appelées « particules respirables » et sont susceptibles de se propager au-delà des voies aériennes supérieures (entre le nez et le larynx) vers les voies aériennes inférieures (entre la tranchée et la base des poumons).2

Les particules plus lourdes (>20 micromètres) seront plus susceptibles de tomber par simple gravité (en atterrissant sur des surfaces autour de la personne). En revanche, les aérosols sont encore plus petits que les gouttelettes et peuvent être en suspension dans l’air pendant plus longtemps. Afin de bien représenter cette dynamique, pensez aux désodorisants d’intérieur et aux bougies parfumées.3  Les aérosols peuvent également parcourir de plus longues distances et pénétrer encore plus profondément dans les poumons.

Quelle était l’utilisation des nébuliseurs lors de l'épidémie de SRAS ?

La nébulisation est un procédure qui peut créer des aérosols. En 2003, Toronto (Canada) était le principal site nord-américain touché par l’épidémie de SRAS. Le SRAS a été causé par un virus dans la même famille de celui qui cause l’actuelle pandémie de COVID-19

Au cours du processus de recherche des contacts, il était devenu évident que la provision de salbutamol, le médicament de « secours », à l’un des premiers cas de SRAS dans un service d’urgence de Toronto avait entraîné la transmission du SRAS à d’autres patients dans des lits voisins (à environ 1,5 à 5 m de distance) par nébulisation.4 Les nébuliseurs peuvent créer un grand nombre de minuscules particules d’aérosol (de 1 à 5 micromètres). Ces particules peuvent transporter des virus profondément dans les poumons et infecter les personnes à proximité qui les respirent.5 La nébulisation est un acte d’aérosolisation. Le processus crucial de recherche des contacts du SRAS en 2003 nous a permis de tirer une leçon importante : il faut appliquer des précautions strictes de contrôle des infections tout en traitant les patients atteints de maladies virales contagieuses

Comment les personnes atteintes de maladies chroniques doivent utiliser les aérosols-doseurs?

Dans le contexte actuel de la pandémie de COVID-19, et avec la perspective que nous avons présentement, la Société canadienne de thoracologie (SCT) a élaboré des lignes directrices6 pour informer tant les patients atteints d’asthme et de MPOC que les travailleurs de la santé sur la meilleure façon d’utiliser les médicaments inhalés sans risquer de propager l’infection.

Plus précisément, il est recommandé de ne pas administrer le salbutamol par nébulisation, en particulier dans les établissements de santé et surtout chez les personnes dont la présence de COVID-19 est suspectée ou confirmée. L’utilisation d’un aérosol-doseur est fortement encouragée, et est en fait devenue la méthode standard de distribution du salbutamol dans certaines provinces canadiennes.5

L’utilisation d’un inhalateur aérosol-doseur avec chambre de retenue valvée est le meilleur moyen de s’assurer que le médicament est délivré dans les poumons, là où il est le plus efficace.

Ces directives de la SCT arrivent à un moment très important de la pandémie. Un plan très pratique est mis en place pour faire face à la pénurie de médicaments de « secours » et, éventuellement, la réduire au minimum.

Après avoir lu ces lignes directrices, il devient évident que chacun d’entre nous a un rôle important à jouer pour minimiser à la fois la transmission des maladies infectieuses et les pénuries de médicaments. Nous sommes tous dans le même bateau!

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À propos de l'auteur

Bryan Ross a fait ses études de médecine et sa résidence en médecine interne à l’université de Toronto, et a obtenu une bourse de recherche en pneumologie à l’université d’Alberta. Auparavant, il avait obtenu son diplôme de premier cycle à l’université Queen’s et sa maîtrise en physiologie à l’université McGill. Il s’intéresse depuis longtemps à la physiologie respiratoire et cardiaque et à la science appliquée de l’exercice physique, à la réadaptation pulmonaire et à la gestion des maladies respiratoires chroniques, tant sur le plan clinique que sur celui de la recherche. Il termine actuellement un fellowship en réadaptation pulmonaire et en gestion des maladies chroniques à l’Institut thoracique de Montréal (Centre universitaire de santé McGill).

Dr Bryan Ross

Pneumologue, MD, M.Sc., B.Sc.H., FRCPC