Votre patiente attend toujours

Un message direct au clinicien qui détient la décision d’orienter la patiente. Dix-huit mois de soins appropriés, des examens normaux et un ventricule droit qui compense depuis le début.

Rédigé par Katrina Metz, inhalothérapeute · Révision médicale : Dr Jason Weatherald · Dernière mise à jour : 3 septembre 2026
Points clés
  • La moitié des patients canadiens atteints d’hypertension artérielle pulmonaire attendent plus de deux ans entre l’apparition des symptômes et un diagnostic confirmé. Seulement environ un sur quatre est diagnostiqué au cours de la première année.
  • Une radiographie thoracique normale et un test respiratoire normal n’écartent pas l’HTAP. Au stade précoce, les poumons et les voies respiratoires sont généralement intacts sur le plan structurel, et le problème se situe à l’intérieur des vaisseaux sanguins qui relient le cœur et les poumons.
  • Le Canada n’a pas de parcours d’orientation normalisé pour l’HTAP. Qu’un patient accède ou non à un centre spécialisé en hypertension pulmonaire dépend en grande partie de la place que l’HTAP occupe dans les hypothèses de son médecin.
  • Le chemin entre le soupçon et le diagnostic tient en trois étapes : une échocardiographie ciblée, un résultat anormal, puis une orientation vers un cathétérisme cardiaque droit.
  • Une orientation vers un centre spécialisé est une consultation, pas un transfert de responsabilité. Une fois le traitement établi, le suivi est habituellement partagé avec le médecin qui a orienté le patient.
2 ans et plus
La moitié des patients canadiens attendent aussi longtemps pour obtenir un diagnostic
~1 an
Délai médian avant le diagnostic en France, où des parcours d’orientation existent
18
Centres d’hypertension pulmonaire pour adultes au Canada, tous dans de grandes villes

Elle est de nouveau dans votre salle d’attente

Vous l’avez vue trois fois au cours des dix-huit derniers mois. Elle a 52 ans, elle est elle-même infirmière, ce qui signifie qu’elle a attendu plus longtemps que la plupart des gens avant de prendre un premier rendez-vous. Elle sait à quel point les cliniques sont occupées. Elle sait se convaincre de ne pas s’en faire pour ses propres symptômes. Quand elle est enfin venue vous voir, elle a décrit un essoufflement à l’effort, rien de dramatique, simplement la prise de conscience graduelle qu’une activité qu’elle faisait sans y penser lui coûte maintenant quelque chose. Sa radiographie thoracique était normale. Son test respiratoire était normal. Vous l’avez traitée pour un asthme possible. Ça n’a pas aidé.

Elle est revenue. Vous l’avez orientée vers un cardiologue. Le cardiologue a examiné le côté gauche de son cœur, n’a rien trouvé d’alarmant et l’a renvoyée vers vous avec une note indiquant que sa fonction cardiaque semblait préservée. Elle a été rassurée. Elle est retournée au travail. L’essoufflement n’a pas disparu. Elle est de nouveau dans votre salle d’attente aujourd’hui, et ni l’un ni l’autre n’avez une meilleure explication qu’il y a dix-huit mois.

Ce n’est pas l’histoire d’une erreur. C’est l’histoire d’une maladie réellement difficile à repérer.
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Ce qui se passait pendant que le système suivait ses étapes

Pendant qu’elle attendait son premier rendez-vous, pendant qu’on lisait sa radiographie thoracique, pendant qu’on essayait l’inhalateur sans succès, pendant qu’on traitait l’orientation en cardiologie, qu’on rédigeait le rapport d’échocardiographie et la lettre de congé, le côté droit de son cœur compensait un problème que personne n’avait encore nommé. Les petits vaisseaux sanguins de ses poumons se rétrécissent depuis des années. La pression contre laquelle son ventricule droit pousse n’a cessé de monter. Pour suivre le rythme, la paroi musculaire de cette cavité s’est épaissie. La cavité elle-même s’est lentement dilatée. Ces changements s’accumulent avec le temps, et plus le traitement commence tôt, meilleure est généralement la réponse.

Dix-huit mois de soins appropriés
Première consultation

Essoufflement à l’effort, graduel plutôt que dramatique. Radiographie thoracique normale. Test respiratoire normal. Traitée pour un asthme possible.

L’inhalateur échoue

Aucune amélioration. Elle revient.

Orientation en cardiologie

Le côté gauche du cœur est examiné. La fonction cardiaque semble préservée. Elle est renvoyée avec des mots rassurants.

Mois 18 — aujourd’hui

Toujours essoufflée. Toujours pas de meilleure explication qu’il y a dix-huit mois. Elle est de nouveau dans la salle d’attente.

L’enquête communautaire 2021 de l’Association canadienne de l’hypertension pulmonaire (AHTP Canada) a révélé que la moitié des patients canadiens atteints d’hypertension artérielle pulmonaire attendaient plus de deux ans entre l’apparition des symptômes et un diagnostic confirmé. Seulement environ un sur quatre était diagnostiqué au cours de la première année. Le registre national français de l’HTAP a montré que, lorsque des parcours d’orientation clairs sont en place, le délai médian avant le diagnostic tombe à environ un an. Cet écart ne reflète pas une lacune de compétence clinique, mais une lacune quant à l’endroit où se dirige le soupçon et à la rapidité avec laquelle il se traduit par les bons examens.

Son ventricule droit fait ce travail seul. Il ne sait pas ce qui se passe à l’extérieur de sa poitrine. Il connaît seulement la pression qu’il retrouve chaque matin au réveil, et il sait que cette pression continue de monter.

Pourquoi l’hypertension artérielle pulmonaire passe facilement inaperçue

Il n’existe pas de parcours d’orientation normalisé pour l’hypertension artérielle pulmonaire au Canada. Qu’un patient accède ou non à un centre spécialisé en hypertension pulmonaire dépend en grande partie de la place que l’HTAP occupe dans les hypothèses de son médecin et du lien que celui-ci entretient avec un spécialiste qui prend cette maladie en charge. Un pneumologue concentré sur les voies respiratoires passe à autre chose quand le test respiratoire est normal. Un cardiologue concentré sur le cœur gauche passe à autre chose quand la fraction d’éjection du ventricule gauche est préservée. Sans un indice de suspicion précis dirigé vers la circulation pulmonaire, un patient atteint d’HTAP précoce peut recevoir des soins tout à fait appropriés pour les affections envisagées sans se rapprocher du bon diagnostic.

La géographie ajoute une autre couche de complexité. Le Canada compte environ 18 centres d’hypertension pulmonaire pour adultes, tous situés dans de grands hôpitaux universitaires de villes plus importantes. Pour les patients de petites communautés, obtenir une échocardiographie puis une orientation vers le centre spécialisé le plus proche peut entraîner des déplacements importants, des congés du travail et une coordination entre plusieurs milieux de soins. Ce sont de véritables considérations logistiques, et elles relèvent le seuil pratique pour faire l’orientation lorsque le diagnostic est encore incertain. Ce que montrent les données, toutefois, c’est qu’une orientation plus précoce mène systématiquement à de meilleurs résultats, même lorsque les déplacements sont considérables.

Les patientes les plus susceptibles de rester le plus longtemps sans diagnostic sont des femmes de 30 à 60 ans, actives et par ailleurs en santé, dont les symptômes s’attribuent facilement aux exigences de leur vie. Les données du registre REVEAL ont montré que les jeunes femmes étaient le groupe à qui l’on disait le plus souvent que leurs symptômes étaient causés par l’asthme ou l’anxiété avant que quiconque n’examine la circulation pulmonaire. Elles ont l’air assez bien pour que l’urgence ne saute pas aux yeux. Elles sont assez capables pour continuer à tenir le coup malgré une maladie qui progresse en silence.

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La question qui change la direction

Lorsqu’un patient se présente avec un essoufflement à l’effort qui ne répond pas au traitement habituel, et que la radiographie thoracique et le test respiratoire sont revenus normaux ou presque, cette combinaison pointe quelque part de précis. Dans l’hypertension artérielle pulmonaire, les poumons et les voies respiratoires sont généralement intacts sur le plan structurel. Le problème se situe à l’intérieur des vaisseaux sanguins qui relient le cœur et les poumons, et ces vaisseaux n’apparaissent pas dilatés sur une radiographie thoracique avant que la maladie soit déjà avancée. Des résultats normaux dans ce contexte ne marquent pas la fin de l’investigation. Ils sont une raison de regarder une autre partie du tableau.

La question à poser à ce moment-là est simple : quelqu’un a-t-il examiné attentivement le côté droit du cœur ? Une échocardiographie standard comprenant une mesure soignée de la taille du ventricule droit et de la pression dans les vaisseaux pulmonaires est l’étape suivante appropriée. Si ces mesures sont élevées, ou si le ventricule droit semble dilaté, une orientation vers un centre spécialisé en hypertension pulmonaire pour un cathétérisme cardiaque droit est indiquée. Le cathétérisme est l’examen de référence. Il consiste à faire passer un tube mince et flexible dans une veine jusqu’au côté droit du cœur pour mesurer directement la pression. Il est réalisé dans les centres spécialisés comme une intervention de routine et permet habituellement de confirmer ou d’écarter le diagnostic en une seule visite.

Trois étapes entre le soupçon et le diagnostic
  • Une échocardiographie ciblée — avec une mesure soignée de la taille du ventricule droit et de la pression artérielle pulmonaire.
  • Un résultat anormal — pressions élevées, ou ventricule droit qui semble dilaté.
  • Une orientation — vers un centre spécialisé en hypertension pulmonaire pour un cathétérisme cardiaque droit.

Le chemin entre le soupçon et le diagnostic est court. Une échocardiographie ciblée, un résultat anormal, une orientation. Trois étapes. Le point d’entrée est une seule question posée au bon moment.

Ce que signifie vraiment une orientation vers un centre spécialisé en hypertension pulmonaire

Une orientation vers un centre spécialisé n’est pas un transfert de responsabilité. C’est une consultation. Le médecin de famille ou l’interniste qui suit cette patiente demeure membre de l’équipe de soins. Le rôle du centre est de confirmer ou d’écarter le diagnostic, d’évaluer le degré d’avancement de la maladie et de recommander un plan de traitement. Une fois le traitement établi et la patiente stable, le suivi est habituellement partagé entre le centre spécialisé et le médecin qui l’a orientée. Envoyer une patiente dans un centre spécialisé, c’est lui donner accès au bilan diagnostique le plus précis qui existe pour cette maladie et la garder reliée à l’équipe de soins qui la connaît déjà.

C’est aussi lui donner accès à des traitements qui ne sont instaurés que dans les centres spécialisés. L’hypertension artérielle pulmonaire dispose d’un éventail croissant de traitements approuvés, dont de nouveaux agents qui agissent sur le processus sous-jacent de la maladie plutôt que de seulement soulager les symptômes. Ces traitements exigent une supervision spécialisée pour être prescrits et suivis, mais leur effet sur la survie et la qualité de vie est important. Une patiente qui arrive dans un centre spécialisé dans la première année de symptômes a un pronostic nettement différent de celle qui y arrive après trois ans.

Elle est toujours dans la salle d’attente

La question n’est pas de savoir si elle a une hypertension artérielle pulmonaire. Vous ne le savez pas encore, et elle non plus. La question est de savoir si aujourd’hui est la consultation où l’investigation prend une direction différente. Son essoufflement n’a pas répondu au traitement. Ses examens de routine continuent de revenir normaux. Elle continue de revenir. Cette persistance est elle-même un signal qui mérite d’être pris au sérieux.

Une seule orientation vers un centre spécialisé en hypertension pulmonaire, motivée par une échocardiographie qui a révélé quelque chose à explorer, est un petit pas au rendement potentiellement énorme. Le ventricule droit qui la maintient fonctionnelle pendant que l’investigation se poursuit n’a aucun moyen de signaler sa propre urgence. Il ne peut que continuer à travailler et attendre que quelqu’un de l’extérieur pose la bonne question.

Elle attend depuis dix-huit mois. Son ventricule droit attend depuis plus longtemps encore.

Quoi faire ensuite

Si votre patient présente un essoufflement à l’effort inexpliqué, une radiographie thoracique et une spirométrie normales, et n’a pas répondu au traitement habituel de l’asthme ou de l’insuffisance cardiaque, demandez une échocardiographie portant une attention particulière à la taille du ventricule droit et à la pression artérielle pulmonaire estimée.

Si les résultats sont élevés ou anormaux, orientez le patient vers un centre spécialisé en hypertension pulmonaire pour un cathétérisme cardiaque droit.

Une liste des centres d’hypertension pulmonaire du Canada est accessible auprès de l’Association canadienne de l’hypertension pulmonaire à phacanada.ca.

Foire aux questions

Quand faut-il soupçonner une hypertension artérielle pulmonaire chez un patient essoufflé ?

Lorsque l’essoufflement à l’effort n’a pas répondu au traitement habituel de l’asthme ou de l’insuffisance cardiaque, et que la radiographie thoracique et le test respiratoire sont revenus normaux ou presque. Cette combinaison pointe vers la circulation pulmonaire plutôt que vers les voies respiratoires ou le cœur gauche.

Pourquoi une radiographie thoracique et une spirométrie normales n’écartent-elles pas l’HTAP ?

Dans l’hypertension artérielle pulmonaire, les poumons et les voies respiratoires sont généralement intacts sur le plan structurel. Le problème se situe à l’intérieur des vaisseaux sanguins qui relient le cœur et les poumons, et ces vaisseaux n’apparaissent pas dilatés sur une radiographie thoracique avant que la maladie soit déjà avancée.

Quel examen confirme l’hypertension artérielle pulmonaire ?

Le cathétérisme cardiaque droit est l’examen de référence. Il consiste à faire passer un tube mince et flexible dans une veine jusqu’au côté droit du cœur pour mesurer directement la pression. Il est réalisé dans les centres spécialisés comme une intervention de routine et permet habituellement de confirmer ou d’écarter le diagnostic en une seule visite.

Orienter un patient vers un centre spécialisé en hypertension pulmonaire signifie-t-il le transférer ?

Non. Une orientation vers un centre spécialisé est une consultation, pas un transfert de responsabilité. Le centre confirme ou écarte le diagnostic, évalue le degré d’avancement de la maladie et recommande un plan de traitement. Une fois le patient stable, le suivi est habituellement partagé entre le centre et le médecin qui l’a orienté.

Combien de temps les patients canadiens attendent-ils pour obtenir un diagnostic d’HTAP ?

L’enquête communautaire 2021 de l’Association canadienne de l’hypertension pulmonaire (AHTP Canada) a révélé que la moitié des patients canadiens atteints d’HTAP attendaient plus de deux ans entre l’apparition des symptômes et un diagnostic confirmé, et que seulement environ un sur quatre était diagnostiqué au cours de la première année.

Références

  1. Association canadienne de l’hypertension pulmonaire. Enquête canadienne sur la communauté des personnes atteintes d’hypertension pulmonaire 2021 : rapport national. Toronto : AHTP Canada ; 2021.
  2. Registre national français de l’HTAP : délai médian avant le diagnostic.
  3. Registre REVEAL : attribution erronée des symptômes à l’asthme ou à l’anxiété chez les jeunes femmes.
Une série en quatre parties sur l’hypertension artérielle pulmonaire
  1. Partie 1J’ai travaillé tout seulLes signes précoces, racontés de l’intérieur du ventricule droit
  2. Partie 2Votre patiente attend toujoursQuand soupçonner l’HTAP et quand orienter le patient
  3. Partie 3La première fois que quelqu’un m’a mesuréLes examens qui confirment le diagnostic
  4. Partie 4La route commence à changerCe que change le nouveau traitement, et ce qu’il ne change pas

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Le podcast eXpand · Saison 6

Une saison complète consacrée à l’hypertension artérielle pulmonaire, avec des spécialistes canadiens.

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Ce scénario clinique est un composite créé à des fins éducatives et ne représente aucune personne en particulier. Ce contenu est destiné à l’éducation et ne remplace ni le jugement clinique ni un avis médical personnalisé.