L’importance de la deuxième dose du vaccin COVID-19 reste constante malgré l’évolution des recommandations

Retrieve a dose of a vaccine out of a vial

L’un des aspects les plus difficiles du déploiement du vaccin contre la COVID-19 a été la controverse et la confusion concernant le délai et le type de vaccin requis pour les deuxièmes doses. L’émergence de variantes de la COVID-19 qui répondent différemment aux différents vaccins a aggravé la situation.

Les données scientifiques sont claires quant à la nécessité d’administrer deux doses de vaccin pour les trois produits actuellement utilisés au Canada afin d’obtenir une efficacité maximale. Cependant, les changements de politiques gouvernementales fondés sur l’évolution des connaissances scientifiques ont laissé le public dans l’incertitude quant à la meilleure marche à suivre. Cela a conduit certaines personnes à reporter leur deuxième dose ou à magasiner un vaccin pour trouver le vaccin de leur choix.

Ce blog a été créé pour résumer les informations disponibles à ce jour et pour dissiper toute confusion actuelle.

Comment fonctionnent les vaccins ?

Les vaccins à ARNm Pfizer-BioNTech et Moderna contiennent les instructions génétiques nécessaires à la fabrication de la protéine spike (S) du SRAS-CoV-2, présente à la surface de ce dernier. Les vaccins codent pour la protéine spike du SRAS-CoV-2 stabilisée avant la fusion et, après injection intramusculaire, les cellules absorbent la nanoparticule lipidique, délivrant efficacement la séquence d’ARNm dans les cellules pour l’expression de l’antigène S du SRAS-CoV-2. Le vaccin induit à la fois des anticorps neutralisants et des réponses immunitaires cellulaires contre l’antigène spike (S). La première dose de vaccin amorce le système immunitaire et lui permet de générer une petite réponse immunitaire avant l’administration de la deuxième dose qui procure une plus grande immunité.

Le vaccin d’AstraZeneca est un vaccin à base de vecteur viral qui utilise un adénovirus de chimpanzé déficient en réplication comme système d’administration. Le virus vecteur produit la protéine de pointe du SRAS-CoV-2 que l’on trouve à la surface du virus SRAS-CoV-2. Après administration, la glycoprotéine S du SRAS-CoV-2 est exprimée localement, ce qui stimule les anticorps neutralisants et les réponses immunitaires cellulaires. Comme pour les vaccins à ARNm, il a été démontré que deux doses du vaccin d’AstraZeneca produisent une réponse immunitaire beaucoup plus forte qu’une seule dose.

Les premières données cliniques ont montré que même une seule dose des trois vaccins offrait un degré significatif de protection contre l’hospitalisation ou le décès dus à la COVID-19, mais que deux doses offraient une protection plus forte contre le virus.

Les analyses fréquemment citées comprennent :

  • Real world data de Public Health England montrant que deux doses d’Astra Zeneca étaient efficaces à 66 % pour prévenir une infection légère, modérée ou grave par la COVID-19, alors que deux doses des vaccins Moderna ou Pfizer étaient efficaces à 93 %.
  • Les données du centre américain de contrôle des maladies (CDC) montrent que les personnes ayant reçu une dose de Pfizer ou de Moderna étaient 64 % moins susceptibles d’être hospitalisées que les personnes non vaccinées. Les personnes ayant reçu les deux doses étaient 94 % moins susceptibles d’être hospitalisées que les personnes non vaccinées.
  • Une étude britannique portant sur 150 000 personnes âgées de plus de 70 ans a montré qu’une dose de vaccin AstraZeneca ou Pfizer était efficace à 80 % pour prévenir les hospitalisations.

(Le vaccin de Johnson et Johnson a également été approuvé pour une utilisation au Canada sous forme d’injection unique, mais ce vaccin n’a pas été distribué en raison de problèmes de contrôle de la qualité de l’envoi initial).

Le modèle à deux doses est-il nouveau ?

L’exigence de doses multiples pour compléter un calendrier vaccinal n’était pas rare avant les vaccins COVID-19. Le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) et les vaccins contre l’hépatite et le zona sont des exemples de vaccins qui nécessitent plusieurs doses pour obtenir un bénéfice maximal.

Quel est le bon moment pour administrer la deuxième dose ?

Selon les monographies de produit soumises à Santé Canada par les sociétés productrices des vaccins, les calendriers prévus à l’origine pour les vaccins étaient les suivants :

  • Le vaccin Pfizer-BioNTech COVID-19 est administré par voie intramusculaire après dilution en une série de deux doses (0,3 ml chacune) à 21 jours d’intervalle. Il peut s’écouler jusqu’à 7 jours après la deuxième dose de vaccin Pfizer-BioNTech COVID-19 pour développer une protection contre la COVID-19.
  • Le vaccin Moderna COVID-19 est un schéma à deux doses. La deuxième dose doit être administrée 4 semaines après la première.
  • Le vaccin AstraZeneca COVID-19 consiste en deux doses distinctes de 0,5 ml chacune. La deuxième dose doit être administrée entre 4 et 12 semaines après la première.

(Le vaccin de Johnson et Johnson a également été approuvé pour une utilisation au Canada sous forme d’injection unique, mais ce vaccin n’a pas été distribué en raison de problèmes de contrôle de la qualité de l’envoi initial)

Toutefois, en raison de problèmes d’approvisionnement en vaccins au début de 2021, il a été décidé de porter à 12 semaines le délai entre les deux doses de vaccin. En mars, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a recommandé de retarder les deuxièmes doses d’un maximum de quatre mois pour tous les Canadiens. À l’époque, il s’agissait de l’intervalle le plus long recommandé entre les doses de vaccin par un pays quelconque dans le monde. Cette recommandation faisait suite à une autre, formulée en janvier, qui visait à porter à six semaines l’intervalle pour les vaccins à ARNm.

Le comité a déclaré qu’il faisait cette recommandation dans le contexte d’une offre limitée de vaccins COVID-19 afin de « maximiser le nombre de personnes bénéficiant de la première dose de vaccin ».  Le comité consultatif a noté que, bien qu’au moment où la recommandation a été faite, « les études n’ont pas encore recueilli quatre mois de données sur l’efficacité du vaccin après la première dose, les deux premiers mois d’efficacité dans le monde réel montrent des niveaux élevés et durables de protection. »

Cette recommandation a fait l’objet de controverses mais a finalement été adoptée par toutes les provinces canadiennes lors de la phase initiale de déploiement du vaccin dans la population générale. Ce n’est qu’à la fin du mois de mai 2021 que le CCNI a modifié sa recommandation pour inciter tout le monde à recevoir sa deuxième dose de vaccin le plus tôt possible. Cette décision a été prise en réponse à l’augmentation des stocks de vaccins au Canada.

Entre mars et juin 2021, les discussions au Canada ont également porté sur le vaccin d’AstraZeneca en raison des rapports de thrombocytopénie thrombotique induite par le vaccin (TTIV) associés au vaccin. Le risque de développer une thrombocytopénie thrombotique induite par la vaccination est extrêmement faible et a été estimé au Canada à 1 sur 55 000  après la première dose du vaccin d’AstraZeneca. Les données britanniques ont montré que le risque de développer un TIV après la deuxième dose était de 1 sur 600 000. Cette situation a initialement conduit à restreindre l’utilisation du vaccin, à la limiter aux premières doses ou à l’arrêter complètement dans certains pays et certaines juridictions canadiennes. Les personnes qui avaient reçu la première dose du vaccin Astra Zeneca se sont également demandé ce qu’elles devaient faire pour la deuxième dose, surtout après que le CCNI avait recommandé de recevoir la deuxième dose du vaccin Pfizer ou Moderna.

Des recommandations plus récentes publiées par le CCNI à la mi-juin préconisent que les vaccins à ARNm soient administrés à la fois comme première et deuxième dose et que le vaccin AstraZeneca ne soit utilisé que si ces vaccins ne sont pas disponibles ou contre-indiqués en raison d’une réaction allergique potentielle.

Un article et un guide de décision publiés par un groupe de cliniciens, de scientifiques et de patients canadiens ont fourni un aperçu complet de la situation à la mi-juin. Parmi les principales conclusions de ce groupe figurait le fait que les données réelles recueillies à ce jour montrent qu’il n’y a pas de risque accru à recevoir une deuxième dose de vaccin différente de la première dose reçue et que les avantages sont potentiellement meilleurs. Le groupe a également noté : « Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une deuxième dose avec AstraZeneca, Pfizer ou Moderna vaut mieux que pas de deuxième dose du tout. »

Qu'en est-il de la variante Delta ?

La propagation et la prédominance croissante de la variante Delta du COVID-19 est la dernière évolution en date qui soulève des questions sur l’approche appropriée de la vaccination et renforce l’importance d’une vaccination complète. Un article pré-imprimé du Royaume-Uni suggère qu’une dose d’AstraZeneca est efficace à 33% contre l’infection symptomatique de la variante Delta et que deux doses sont efficaces à 60%. La même étude a montré la même efficacité d’une dose du vaccin Pfizer, mais une efficacité de 88 % après deux doses. Une analyse de Public Health England a montré que deux doses des vaccins AstraZeneca et Pfizer étaient très efficaces (92 % et 96 % respectivement) pour prévenir les hospitalisations dues à la variante Delta.

L’expérience acquise à ce jour avec la COVID-19 suggère que les politiques et les recommandations canadiennes concernant les doses continueront d’évoluer. Cependant, il existe des preuves solides que tout le monde devrait recevoir deux doses des vaccins disponibles dès qu’ils sont disponibles afin d’avoir la meilleure protection possible et de nous aider à retrouver une vie normale. Il est également important que chacun continue à suivre les recommandations de santé publique afin de prévenir toute nouvelle propagation de la COVID-19.  

À propos des auteurs

Alan Kaplan est un médecin de famille qui travaille dans la région de York, en Ontario, au Canada. Il est président du Family Physician Airways Group of Canada (www.fpagc.com), ancien président de la section respiratoire du Collège des médecins de famille du Canada et membre du Sénat de l’International Primary Care Respiratory Group. Il a coprésidé le programme des normes communautaires de la MPOC pour Qualité Santé Ontario. En outre, le Dr Kaplan apporte son expertise à un certain nombre de revues médicales dans le monde.

Dr Alan Kaplan

MD, CCFP(EM), FCFP

Le Dr Mohit Bhutani est actuellement professeur de médecine à la faculté de médecine et de dentisterie de l’Université de l’Alberta. Il est directeur des cliniques d’asthme et de MPOC et membre de l’exécutif de l’Alberta Research Center. Il participe au Alberta Health Services Respiratory Health Strategic Clinical Network depuis 2011 et a été coprésident du Airways Working Group of the Respiratory Health Strategic Clinical Network (RHSCN) de 2014 à 2020. À l’échelle nationale, il préside le Royal College of Physicians and Surgeons of Canada Adult Respiratory Examination Board et est l’ancien président de l’assemblée clinique de la MPOC de la Société canadienne de thoracologie (SCT). Il est membre du comité exécutif de la SCT.

Dr Mohit Bhutani

MD, FRCPC, FCCP

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